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Exercices de style — Raymond Queneau
Le narrateur rencontre dans
un bus un jeune homme au long cou, coiffé d'un chapeau orné d'une tresse tenant
lieu de ruban. Ce jeune homme échange quelques mots assez vifs avec un autre
voyageur, puis va s'asseoir à une place devenue libre. Un peu plus tard, le
narrateur revoit ce jeune homme qui est maintenant en train de discuter avec un
ami. Celui-ci lui conseille de faire remonter le bouton supérieur de son
pardessus.
- Litotes
- Nous
étions quelques-uns à nous déplacer de conserve. Un jeune homme, qui n'avait
pas l'air très intelligent, parla quelques instants avec un monsieur qui se
trouvait à côté de lui, puis il alla s'asseoir. Deux heures plus tard, je le
rencontrai de nouveau ; il était en compagnie d'un camarade et parlait
chiffons.
- L'arc-en-ciel
- Un jour, je me trouvai sur la plate-forme d'un autobus violet. Il y avait là un jeune homme assez ridicule : cou indigo, cordelière au chapeau. Tout d'un coup, il proteste contre un monsieur bleu. Il lui reproche notamment, d'une voix verte, de le bousculer chaque fois qu'il descend des gens. Ceci dit, il se précipite, vers une place jaune, pour s'y asseoir. Deux heures plus tard, je le rencontre devant une gare orangée. Il est avec un ami qui lui conseille de faire ajouter un bouton à son pardessus rouge.
- Lettre officielle
- J'ai l'honneur de vous informer des faits suivants dont j'ai pu être le témoin aussi impartial qu'horrifié.
Ce jour même, aux environs de midi, je me trouvais sur la plate-forme d'un
autobus qui remontait la rue de Courcelles en direction de la place Champerret.
Ledit autobus Était complet, plus que complet même, oserai-je dire, car le
receveur avait pris en surcharge plusieurs impétrants, sans raison valable et
mû par une bonté d'âme exagérée qui le faisait passer outre aux règlements et
qui, par suite, frisait l'indulgence. À chaque arrêt, les allées et venues des
voyageurs descendants et montants ne manquaient pas de provoquer une certaine
bousculade qui incita l'un de ces voyageurs à protester, mais non sans timidité.
Je dois dire qu'il alla s'asseoir dès que la chose fut possible.
J'ajouterai à ce bref récit cet addendum : j'eus l'occasion d'apercevoir ce
voyageur quelque temps après en compagnie d'un personnage que je n'ai pu
identifier. La conversation qu'ils échangeaient avec animation semblait avoir
trait à des questions de nature esthétique. Étant données ces conditions, je
vous prie de vouloir bien, monsieur, m'indiquer les conséquences que je dois
tirer de ces faits et l'attitude qu'ensuite il vous semblera bon que je prenne
dans la conduite de ma vie subséquente. Dans l'attente de votre réponse, je
vous assure, monsieur, de ma parfaite considération empressée au moins.
- Imparfait
- C'était
midi. Les voyageurs montaient dans l'autobus. On était serré. Un jeune monsieur
portait sur sa tête un chapeau qui était entouré d'une tresse et non d'un
ruban. Il avait un long cou. Il se plaignait auprès de son voisin des
bousculades que ce dernier lui infligeait. Dès qu'il apercevait une place
libre, il se précipitait vers elle et s'y asseyait.
Je l'apercevais plus
tard, devant la gare Saint-Lazare. Il se vêtait d'un pardessus et un camarade
qui se trouvait là lui faisait cette remarque : il fallait mettre un bouton
supplémentaire.
- Exclamations
- Tiens !
Midi ! temps de prendre l'autobus ! que de monde ! que de monde ! ce qu'on est
serré ! marrant ! ce gars-là ! quelle trombine ! et quel cou ! soixante-quinze
centimètres ! au moins ! et le galon ! le galon ! je n'avais pas vu ! le galon
! c'est le plus marant ! ça ! le galon ! autour de son chapeau ! Un galon ! marrant
! absolument marrant ! ça y est le voilà qui râle ! le type au galon ! contre
un voisin ! qu'est-ce qu'il lui raconte ! l'autre ! lui aurait marché sur les
pieds ! ils vont se fiche des gifles ! pour sûr ! mais non ! mais si ! vas-y !
vas-y ! mords y l'oeil ! fonce ! cogne ! mince alors ! mais non ! il se dégonfle
! le type ! au long cou ! au galon ! c'est sur une place vide qu'il fonce ! oui
! le gars ! eh bien ! vrai ! non ! je ne me trompe pas ! c'est bien lui ! là-bas
! dans la Cour de Rome ! devant la gare Saint-Lazare ! qui se balade en long et
en large ! avec un autre type ! et qu'est-ce que l'autre lui raconte ! qu'il
devrait ajouter un bouton ! oui ! un bouton à son pardessus ! À son pardessus !
- Olfactif
- Dans
cet S méridien il y avait en dehors de l'odeur habituelle, odeur d'abbés, de
décédés, d'oeufs, de geais, de haches, de ci-gîts, de cas, d'ailes, d'aime
haine au pet de culs, d'airs détestés, de nus vers, de doubles vés cés, de hies
que scient aides grecs, il y avait une certaine senteur de long cou juvénile,
une certaine perspiration de galon tressé, une certaine âcreté de rogne, une
certaine puanteur lâche et constipée tellement marquées que lorsque deux heures
plus tard je passai devant la gare Saint-Lazare je les reconnus et les
identifiai dans le parfum cosmétique, fashionable et tailoresque qui émanait
d'un bouton mal placé.
- Botanique
- Après
avoir fait le poireau sous un tournesol merveilleusement épanoui je me greffai
sur une citrouille en route vers le champ Perret. Là je déterre une courge dont
la tige était montée en graine et le citron surmonté d'une capsule entourée d'une liane. Ce cornichon se met à enguirlander un navet qui piétinait ses
plates-bandes et lui écrasait ses oignons. Mais, des dattes ! fuyant une
récolte de châtaignes et de marrons, il alla se planter en un terrain vierge.
Plus tard je le revis devant la serre des banlieusards. Il envisageait une
bouture de pois chiche en haut de sa corolle.
- Zoologique
- Dans la
volière qui, à l'heure où les lions vont boire, nous emmenait vers la place
Champerret j'aperçus un zèbre au cou d'autruche qui portait un castor entouré
d'un mille-pattes. Soudain, le girafeau se mit à enrager sous prétexte qu'une
bestiole voisine lui écrasait les sabots. Mais pour éviter de se faire secouer
les puces il cavala vers un terrier abandonné. Je le revis plus tard devant le
jardin d'acclimatation Plus tard, devant le Jardin d'Acclimation, je revis le
poulet en train de pépier avec un zoziau à propos de son plumage.
Exercice proposé
Dans un restaurant, à une
table voisine, un couple, formé d’un homme vêtu d’un veston taché, et d’une
femme avec une épaisse tignasse rousse, discute fermement. Après quelques
minutes, la femme se lève et jette son verre à la figure de l’homme. Elle sort
du restaurant en pleurant. L’homme la suit en courant.
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